Trek au Mont-Dore : L’Auvergne à l’état brut


L’Auvergne cache parfois bien son jeu. Entre cratères assoupis, sources bouillonnantes secrètes et plateaux d’estive balayés par les vents, récit d’une aventure brute de 60 kilomètres au cœur du Massif central réalisée en compagnie de trois fidèles compères.

Le trip commence à l’épicentre , direction la Bourboule. Cette station thermale, très réputée à la belle époque pour ses eaux curatives, donne le ton. Cette première journée est réservée à la découverte de la petite ville lovée dans la vallée et à la prise d’informations. N’ayant pas vraiment regardé les sentiers à l’avance pour débuter notre boucle, direction l’Office de Tourisme. On nous y indique le point de départ idéal pour atteindre notre premier objectif -> le sommet du Mont-Dore.

Mais avant de prendre de l’altitude, nous nous lançons dans une quête bien précise. Non loin du centre-ville se trouverait une source d’eau chaude sauvage, dissimulée près du lit de la Dordogne. L’endroit est tenu secret, aucune adresse n’est trouvable sur internet. Au détour d’une conversation avec un local, on nous indique vaguement une direction en sortant de la ville, en s’enfonçant en contrebas vers la forêt.

En chemin, on croise des ruines envahies par la végétation, vestiges des années folles, à l’apogée du faste thermal de la région. Ne trouvant pas la source, on décide de remonter le lit de la rivière. Quelle ne fut pas notre surprise de tomber soudainement sur une petite bâtisse remplie par les eaux, avec un bassin brut posé juste au-dessus du cours d’eau glacial.

L’endroit est surréaliste. Nous y restons une bonne heure pour profiter de ce joyau naturel. Le contraste est étonnant , à cinq mètres à peine des flots glacés de la rivière, cette eau jaillit des profondeurs, naturellement chauffée par l’activité géothermique des volcans qui sommeillent sous nos pieds.

Le lendemain, les sacs chargés de victuailles, nous entamons l’ascension. L’objectif est de rallier les crêtes dans la journée. Le temps ne presse pas, on admire le fond de la vallée qui rapetisse au rythme de nos foulées. Malgré une contraction au mollet qui me suivra tout au long du trek, le rythme est bon.

Après une matinée d’efforts, nous atteignons enfin le sommet du Puy de Sancy. Du haut de ses 1 885 mètres . Une pause est de rigueur , fromage, saucisson et spécialités de la région pour recharger les batteries. Avec pour seul guide une carte en papier, nous faisons face à un labyrinthe de sentiers alors qu’une brume épaisse commence à engloutir le paysage. Le spectacle de cette montagne qui s’efface dans les nuages est magnifique et mystérieux. Remis sur le bon chemin par un adepte du trail de passage, nous partons à la recherche d’un point d’eau pour installer le campement pour la soirée .

La rivière trouvée et les tentes montées, nous profitons du crépuscule. Perché au-dessus de la vallée, le panorama sur le coucher de soleil est une récompense à la hauteur de l’effort fourni.

Le matin, au réveil, le paysage se dévoile et nous prenons conscience de l’endroit incroyable où nous avons passé la nuit nous avons dormi juste au-dessus de la grande cascade du Mont-Dore. Avec ses 30 mètres de chute sur d’anciennes coulées de lave , c’est l’une des plus hautes d’Auvergne.

Nous décidons de redescendre dans la vallée, à l’ombre bienveillante des sous-bois, pour nous réapprovisionner avant d’attaquer la suite du trek. Une fois les sacs pleins, direction le Lac de Guéry.

Une longue marche nous attend. L’itinéraire traverse d’immenses plateaux d’estive à perte de vue. De vastes étendues d’herbe rase, quelques fermes isolées bravant les éléments, et un horizon dégagé qui rend chaque point de vue spectaculaire. Après plusieurs heures de marche sous une chaleur qui devient de plus en plus étouffante, nous atteignons enfin le Guéry, le plus haut lac d’Auvergne , 1 244 mètres d’altitude, formé par un barrage de lave naturel. Nous posons le camp sur la berge, épuisés mais ravis.

La nuit au bord du lac est sauvage. Dans l’obscurité, nous entendons les renards rôder autour de nos tentes. Au petit matin, réveillés par des bourrasques d’un vent extraordinaire, nous prenons un peu de hauteur pour savourer notre petit-déjeuner face au point de vue le plus élevé du secteur.

La canicule, elle, n’a pas quitté la région. Nous entamons une longue descente pour boucler cette vallée. Écrasés par la chaleur de l’après-midi, nous trouvons refuge dans un coin tranquille, blotti entre les arbres, à proximité d’une rivière. L’arrêt est obligatoire pour éviter la surchauffe .L’eau au fraîche est une véritable bouée de sauvetage. Le camp est monté pour notre dernière nuit de trek sauvage, venant clore ces 60 kilomètres de marche .

Après une transition appréciée et une nuit de repos réparateur dans une adresse centrale de La Bourboule, nous reprenons la route pour une ultime étape, moins physique mais tout aussi impressionnante -> le Lac Pavin.

Niché au milieu d’une forêt dense, le Pavin n’est pas un lac comme les autres , c’est un lac de cratère , le plus jeune volcan de France métropolitaine. Presque un cercle parfait, il plonge à plus de 90 mètres de profondeur. Ses eaux, souvent sombres et sujettes à de nombreuses légendes locales, reflètent aujourd’hui un soleil éclatant.

L’après-midi s’étire doucement , balade en barque au centre du cratère et quelques lancers d’hameçons pour tenter notre chance à la pêche.

Le soir venu, la topographie volcanique des lieux nous rattrape. Les pentes du cratère sont abruptes et trouver un terrain plat pour bivouaquer relève de la mission impossible. Faisant appel à notre système D, nous passons un long moment à terrasser un semblant de plateau à l’aide de branches et de feuilles mortes pour pouvoir poser la tente sans glisser au fond du lac pendant la nuit !

C’est sur cette nuit en pente et pleine de débrouillardise que s’achève notre trip auvergnat. Nous repartons les jambes lourdes, mais la tête remplie d’images brutes. Une chose est sûre , l’Auvergne est une terre de contrastes qui se mérite, et c’est une découverte magistral .