4 jours entre ciel, Tage et ruelles colorées

Certaines villes se dévoilent au premier regard, d’autres exigent qu’on les mérite. Mon arrivée de nuit dans la ville haute a posé le décor . Lisbonne est un labyrinthe vallonné où chaque ruelle semble cacher un secret. Récit de quatre jours d’exploration verticale et maritime dans la capitale lusitanienne.


Le premier matin, le soleil tape déjà doucement sur les pavés. C’est accoudé au comptoir d’une petite terrasse, devant un café serré, que l’aventure commence vraiment. En discutant avec quelques locaux, le conseil est unanime : pour comprendre Lisbonne, il faut prendre de la hauteur. Direction le Castelo de São Jorge.

La montée à pied est rude. Les mollets chauffent sur les pentes abruptes de l’Alfama, mais l’effort en vaut la peine. Arrivé au sommet, la vue est magistrale. Les toits orangés dégringolent vers le fleuve, offrant une perspective à 360 degrés sur l’environnement urbain. Pour redescendre et reposer les jambes, rien de tel que de se laisser glisser au rythme de l’emblématique tramway jaune , qui se faufile à quelques centimètres des murs dans un joyeux grincement de ferraille.

Le jour suivant, l’envie de s’excentrer pour respirer l’air marin m’est venu . Direction les quais, le long du Tage. Le paysage s’ouvre d’un coup. Au loin, la silhouette rouge flamboyante du Pont du 25 Avril s’étire au-dessus de l’eau, veillée sur l’autre rive par l’imposant Christ Roi, petit frère de celui de Rio.

En longeant les rives vers l’Ouest en direction de Belém, on tombe nez à nez avec un étonnant bâtiment en brique rouge qui dénote presque dans le paysage, l’ancienne Centrale Tejo, un chef-d’œuvre de l’architecture industrielle du début du XXe siècle. Juste un peu plus loin se dresse enfin le joyau de la ville , le Monastère des Hiéronymites . La dentelle de pierre de cette abbaye est un hommage fascinant à l’époque des Grandes Découvertes.

Au détour d’une place animée du centre-ville, on tombe sur le Couvent des Carmes. C’est l’un des lieux les plus poignants de Lisbonne , ses arches gothiques s’élancent vers le ciel, mais sans aucun toit pour les retenir. On y déambule entre les squelettes de pierre, baignés par la lumière directe du jour. C’est un rappel silencieux et magnifique de la force de la ville qui a su se relever de ses ruines.

En ressortant par l’arrière du couvent, on accède aux terrasses qui dominent le centre. Lisbonne regorge de ces petits points de vue cachés. J’ai pris le temps de me perdre dans ces petits jardins suspendus nichés sur les collines. On y trouve souvent des fontaines anciennes ou des petits points d’eau qui apportent une fraîcheur salvatrice sous le soleil de l’après-midi. Ce sont de véritables havres de paix, loin du tumulte des rues commerçantes, où l’on peut s’asseoir sur un banc de pierre et observer la vie lisboète s’écouler en contrebas, entre les palmiers et les façades colorées.

Lisbonne n’est pas qu’un musée à ciel ouvert, c’est une ville bouillonnante de vie. Entre deux visites, on s’attable pour dévorer une cuisine locale généreuse des incontournables beignets de morue aux pâtisseries brûlantes saupoudrées de cannelle.

Pour ma dernière journée, j’ai simplement laissé mes pas me guider, sans carte ni boussole, dans les ruelles aux façades tapissées d’azulejos. La lumière dorée de fin de journée frappait le linge étendu aux fenêtres. C’est sur ces dernières images colorées, l’esprit saturé de beauté et les jambes fatiguées, qu’il a fallu boucler le sac. Quatre jours, c’est court, mais c’est suffisant pour que Lisbonne vous laisse la tête pleine de souvenirs indélébiles.